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Il y a 150 ans, fondation de l’astrophysique à Meudon

19 mai 2026

En 2026, nous célébrons un double anniversaire majeur pour notre institution : les 150 ans de la fondation de l’Observatoire à Meudon, qui a marqué les débuts de l’astrophysique institutionnelle en France, et le centenaire du rattachement de Meudon à l’Observatoire de Paris.

Vers 1875 - 1876, le site de Meudon ne ressemble pas encore à un lieu de recherche. Sur la terrasse, au bout de l’axe dessiné par Le Nôtre, se dressent les ruines du château de Meudon, ancienne résidence princière puis royale, ravagé par un incendie quelques années plus tôt au terme de la guerre franco-prussienne de 1870 - 1871.

Château de Meudon après l’incendie de 1871. C’est sur ses ruines que Jules Janssen (1824 - 1907) proposera d’installer un observatoire d’astronomie physique.
Crédit : Bibliothèque de l’Observatoire de Paris - PSL

C’est là que l’astronome Jules Janssen, passionné par le Soleil et par les nouvelles méthodes d’"astronomie physique", imagine un observatoire d’un type nouveau.

Jules Janssen (1824 - 1907), fondateur de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon.
Crédit : Bibliothèque de l’Observatoire de Paris - PSL

La naissance de l’astrophysique

À cette époque, l’astronomie est en plein tournant. On commence à analyser la lumière des astres avec des spectroscopes, à utiliser la photographie pour enregistrer les détails invisibles à l’œil nu. On ne se contente plus de mesurer des positions d’étoiles : on veut comprendre la nature même des objets célestes par une approche physique : l’astrophysique est née !

Autour de 1870. Spectres d’étoiles observés visuellement par le Père Angelo Secchi et dessinés en couleur. Quatre types spectraux sont identifiés par Secchi ; le type 2 (et non ? comme indiqué par erreur par l’éditeur) correspond au Soleil, 1 à Sirius, 3 à \alpha Orion et \alpha Hercule.
D’après le site UFE/media4.

Janssen rêve donc d’un lieu entièrement dédié à cette approche : un observatoire d’astronomie physique installé sur les hauteurs de Meudon, avec coupoles, laboratoires et ateliers d’instrumentation.

Les années 1875 - 1876 sont celles des projets, des plans, des négociations avec l’État pour financer la transformation du château en établissement scientifique.

L’Observatoire d’Astronomie Physique de Meudon est créé par un décret du 6 septembre 1875 et en 1876, Janssen obtient l’installation de l’observatoire au château de Meudon.

Les ruines deviennent progressivement un chantier scientifique tourné vers le Soleil et les étoiles. La grande coupole et sa lunette sont progressivement installées sur les restes du château.

Cent cinquante ans plus tard, nous travaillons toujours dans ce paysage façonné par la rencontre entre un ancien domaine royal et un projet scientifique ambitieux. L’Observatoire est devenu le centre névralgique de la recherche astrophysique Française où la quasi-totalité des domaines scientifiques sont étudiés.

L’anniversaire des 150 ans de la fondation de l’observatoire à Meudon est aussi celui de la naissance de l’astrophysique institutionnelle en France ! Et hasard de calendrier, nous fêterons aussi en 2026 un siècle de rattachement de Meudon à l’Observatoire de Paris, fondé lui, en 1667...

De Galilée à Meudon : quand la physique invente l’astrophysique

En 1609, Galilée pointe pour la première fois une lunette vers le ciel.
Il voit des montagnes sur la Lune, découvre les satellites autour de Jupiter, observe une foule d’étoiles invisibles à l’œil nu. C’est une première rupture : le ciel devient un objet qu’on observe avec un instrument.

Deux siècles et demi plus tard, vers 1875, une deuxième rupture se prépare. Cette fois, ce n’est plus seulement l’image du ciel qui change, c’est la compréhension des phénomènes par l’étude de leur physique.

  • On apprend à décomposer la lumière des astres comme un arc-en-ciel codé.
    Au début du XIXᵉ siècle, Fraunhofer trace les raies d’absorption du spectre solaire ; dans les années 1860, Kirchhoff et Bunsen montrent que chaque élément chimique possède un "code-barres" de raies bien à lui.
    ▶️ Pour le grand public : cela veut dire qu’en regardant la lumière d’une étoile, on peut savoir de quoi elle est faite.
    ▶️ Pour les chercheurs : ce sont les lois de Kirchhoff sur l’émission et l’absorption, qui fondent l’analyse spectrale et préparent la physique du rayonnement.
  • On comprend que la lumière est une onde électromagnétique.
    Dans les années 1860, Maxwell unifie les champs électriques et magnétiques dans un même ensemble d’équations et montre qu’elles prédisent que les ondes se propageant à la vitesse de la lumière dans le vide.
    ▶️ Pour le grand public : tout le spectre (visible, infrarouge, ultraviolet, etc.) devient une sorte de stéthoscope géant pour ausculter l’Univers.
    ▶️ Pour les chercheurs : c’est le cadre théorique qui donnera du sens aux observations spectrales et polarimétriques.
  • À la fin du XIXᵉ siècle, la thermodynamique vient compléter le tableau  :
    On comprend qu’un corps chaud n’émet pas n’importe comment, et que la position du maximum du spectre dépend de la température (loi de Stefan–Boltzmann puis loi de déplacement de Wien).
    ▶️ Pour le grand public : c’est ce qui permet de dire qu’une étoile bleue est plus chaude qu’une étoile rouge, simplement à partir de sa couleur.
    ▶️ Pour les chercheurs : la thermodynamique du rayonnement fournit le cadre qui relie directement spectre, température effective et flux.
  • On découvre même des éléments dans les étoiles avant de les trouver sur Terre.
    En 1868, en étudiant les protubérances solaires, Jules Janssen et Norman Lockyer identifient une raie spectrale inconnue dans le spectre du Soleil : ils l’attribuent à un nouvel élément, l’hélium, découvert dans l’étoile avant d’être isolé sur Terre.
    ▶️ Pour tout le monde : la physique permet de faire de la chimie à distance, à des millions de kilomètres.

En quelques décennies, l’astronomie passe donc d’une science qui demande « où sont les astres ? » à une science qui demande « de quoi sont-ils faits, quelle énergie émettent-ils, quelles lois de la physique s’y appliquent ? »

L’Observatoire, voulu à Meudon par Janssen comme observatoire d’"astronomie physique", naît exactement à ce moment-clé : héritier de Galilée et de sa lunette, mais armé des lois de Kirchhoff et des équations de Maxwell.

C’est cette convergence entre nouveaux instruments, nouvelles lois de la physique et nouvelles questions sur le ciel qui marque, il y a 150 ans, la naissance de l’astrophysique.